karoshi 8 : le jeu de la vérité

Quelques jours encore, et c'est le retour en France. Histoire de retrouver ses racines, de revoir les copains et la famille. Et puis de parler du Japon, de la vie là-bas, et tout et tout. Mais attention ! Il y a souvent un léger décalage entre ce que l'on pense sur place, et la manière dont on présente la chose à son auditoire émerveillé par nos récits parfois dignes de Marco Polo ...

Voici donc un guide rapide, afin que vous ne vous laissiez pas prendre au piège de ces descriptions idylliques, et que la réalité de la vie au Japon vous apparaisse enfin sous son jour véritable, impitoyable et cruel. Si, si.

A propos de la nourriture ...
De retour en France :

Et bien en fait, on découvre surtout que la nourriture Japonaise, ce n'est pas que le poisson cru. En fait, c'est très varié, et il y a beaucoup de plats qu'on ne voit pas dans les restaurants japonais de Paris. Globalement, c'est très bon. Bien sûr, il y a quelques trucs immangeables, mais comme en plus j'aime bien le poisson cru, pas de problème ...

Sur place :

Pfff, encore des nouilles. J'en ai marre, des nouilles. Y en avait hier dans la soupe. Et avant-hier dans l'omelette. Pfff. Je me ferais bien un McDo. Un double cheeserburger. Avec de la viande. Et du fromage. Et pas de poisson cru.

Je peux plus l'encadrer, le poisson cru. Sauce soja ou pas. Et encore, quand c'est du poisson, il faut s'estimer heureux. Au moins, il a pas de tentacules, il est pas baveux, il bouge plus. Sashimi, sushi, même combat.

Sauf que dans le sushi, y a du riz. Ça non plus, ça passe plus. A tous les repas, à toutes les sauces. Ça remplace le pain, il parait. Le pain, c'est bon, au moins. Ça a du goût. Avec un petit fromage. Et du beurre salé. Ça, ce serait bon. Mais du riz ...

Et en plus, y a pas de dessert. Pas de chocolat. Pas de biscuits. Pas de laitages. Oh non ... j'aurais pas du penser à ça. Maintenant, j'ai envie de chocolat ...

A propos du Japonais ...
De retour en France :

Oh, le Japonais, c'est une langue comme les autres. Bon, d'accord, l'écriture est difficile, mais pour ce qui est de parler ... Et en plus, quand on est sur place, c'est très motivant. Chaque fois qu'on apprend un nouveau mot, on a l'impression que c'est une petite victoire. Et ça donne envie de continuer ...

Sur place :

Mais qu'est-ce qu'elle me dit ? Pfff. J'ai rien compris. Elle pourrait pas parler plus vite encore ? Bon, et puis maintenant, elle me regarde en souriant, en attendant une réponse. Si je dis rien, je vais avoir l'air idiot. Bon, je vais faire un grand sourire et hocher la tête, ça devrait passer. Ah ben non, elle a toujours l'air d'attendre quelque chose.

Bon. Je vais essayer de lui demander de répéter. Euh ... « Sumimasen, wakarimasen deshta ... » Voilà, c'est gagné, elle essaye de m'expliquer en anglais, maintenant. En Japonais, au moins, j'avais une chance. En Japglish, c'est même pas la peine. Et tout ça pour commander un menu Big Mac ...

A propos de la politesse ...
De retour en France :

Oui, les Japonais sont polis. Mais en fait, on se rend compte que la valeur de ces gestes est totalement différente pour eux. Pour nous, ce sont des gestes très forts, et c'est pour ça que ça nous gêne. Pour eux, c'est normal, et le plus souvent complètement vide de sens. Un peu comme le « ça va ? » du matin est tout sauf une véritable question.

Sur place :

Oui, bonjour, c'est ça. « Irasshaimase ». En théorie, c'est ce qu'ils disent. En en avalant la moitié. Et puis, pas la peine de le hurler, je suis pas sourd. Zut, j'ai failli faire une courbette. C'est idiot, mais j'arrive pas à m'empêcher de répondre. Même au téléphone, ça m'arrive. Bon. Qu'est ce que je vais prendre? Ouf, c'est bon, elle a compris.

Houla, elle a failli s'ouvrir la tête sur la caisse enregistreuse, avec sa courbette. Et qu'est-ce qu'elle a dit ? Une sorte de truc interminable avec « gozaimashta » à la fin. C'est toujours pareil ... Pas eu le temps de comprendre, qu'elle est déjà partie.

Bon, elle revient. Ah, elle a l'air ennuyée. Ça y est, c'est reparti. Ah la la, ces formules de politesse ... sont pas capables de dire « attendez un peu » en moins de trois phrases. Sans respirer. Ah, c'est bon, ça arrive. Et hop, re-courbette. Vous savez, pour moi, c'est pas la peine. Elle a encore raté la caisse enregistreuse d'un cheveu. Non, ne recommencez pas ! Trop tard ... elle va finir par se faire mal. Oui, c'est ça, « arigatô gozaimashta » ...

A propos de Tokyo ...
De retour en France :

Tokyo est une ville très agréable. C'est vrai que, par endroits, on a l'impression de se retrouver dans une mégalopole du vingt-et-unième siècle, avec des gratte-ciels et des néons partout, un peu à la Blade Runner. Mais sinon, il y a pas mal de parcs, et on n'a pas la sensation de se trouver dans une ville de 30 millions d'habitants, mais plutôt au milieu d'un agglomérat de gros villages.

Sur place :

Combien de stations encore ? Six ? Six stations avec le coude de l'autre, là-derrière, qui me rentre dans le dos. Si je ne me retenais pas, je lui en collerais une. Bon, enfin, il descend. Je vais peut-être pouvoir m'ass... Trop tard. C'est pas grave, de toutes façons, je descends bientôt.

Bon, ça y est. Il faut atteindre la porte. Pardon, pardon. Je peux descendre, oui ? Vas-y, pas la peine d'attendre que je sorte pour monter. Et rentre-moi dedans, et t'excuse pas, surtout. Pfff. Bon, on va sortir du métro, sinon je vais m'énerver.

Voyons ... où je suis ? Avec leur système idiot de pas donner de noms aux rues, c'est pratique, tiens. Je crois que c'était par là. Ah oui, mais faut traverser. On va attendre. C'est bien, au moins, je suis pas tout seul à vouloir traverser. On est juste un petit millier. Ça y est, le feu passe au vert pour nous ... et voilà la marée humaine qui s'élance, pardon pardon, c'est pas croyable, ça avance dans tous les sens, un véritable embouteillage. La survie du plus apte, en grandeur nature. Ouf, on retrouve le trottoir.

Bon, c'était où, déjà ? Ah, par là. Ils sont bien les japonais, ils sont pas pressés. Pour marcher plus lentement, il faut être à l'arrêt. Vas-y, bouchonne. Ah, enfin je peux me faufiler ... Super. Et qu'est-ce qu'il y a là-bas ? Deux types qui font un concours de mégaphones, histoire de voir celui qui fera le plus de bruit. Des rabatteurs pour deux magasins d'électronique.

Encore une petite centaine de mètres, et je suis à destination. Ting ting ! Ben voyons ... un vélo, maintenant. C'est suant, ils roulent sur les trottoirs. Ting ting ! Ah, ça, c'est pour moi. C'est bon, c'est bon, je me pousse. Pfff.

Enfin arrivé. Et bien sûr, c'est plein comme un oeuf ...

Je pourrais continuer encore longtemps ... mais mieux vaut vous laisser la surprise. Et la prochaine fois que vous me lirez conter les beautés de ce merveilleux pays, ne vous laissez pas abuser ...