karoshi 53 : e pur, si mueve

Hier, en tout debut d'après-midi, j'étais à la recherche d'un sujet pour le karoshi report de cette semaine. Et la recherche n'allait pas bien fort, et j'étais en train d'envisager la possibilité de faire grève et de me mettre en week-end anticipé – quand la terre a tremblé.

Comme à l'habitude dans cette situation, un instant, tout le monde a levé les yeux, qui de son ordinateur, qui de sa revue, qui de ses notes, tous semblant chercher quelque réponse au plafond. Quelqu'un partit d'un laconique « Ara, jisshin ... », et tout le monde acquiesça silencieusement, alors que la secousse s'attenuait pour disparaître. Et l'après-midi poursuivit son cours ...

Pour nous occidentaux, le tremblement de terre est une créature aussi rare que Godzilla, dont on a entendu parler, dont on a parfois vu des images (toujours marquantes), mais que l'on n'a jamais eu l'occasion de rencontrer – ni l'envie, pour être tout-à-fait honnête. Les Japonais, par contre, ont tous vu Godzilla (et Gamera, et King Ghidora, et Mothra la mite géante) et n'en sont plus à une secousse près. Avec plus de 1,500 séismes par an, le Pays du Soleil Levant est plutôt remuant ...

(Très) techniquement, le Japon se situe sur une zone de subduction, où la plaque océanique du Pacifique plonge sous une autre plaque océanique, donnant naissance à un archipel d'îles volcaniques séparé du continent par un bassin marginal. En pratique, pour ceux que la tectonique des plaques laisse froids, cela signifie des tremblements de terre à répétition et quelques volcans actifs qui n'hésitent pas à donner de la voix pour se rappeler à notre bon souvenir.

En Avril dernier, par exemple, le Mont Usu (situé au Nord, sur l'île d'Hokkaidô) avait repris du service, entrainant l'évacuation des populations locales. Et ces derniers jours, c'est le Mont Oyama sur l'île de Miyake (à 400km au Sud de Tôkyô), qui fait parler de lui – histoire de prouver que le terme de « volcan en activité » n'est pas à prendre à la légère ...

La plupart du temps cependant, c'est par la télévision que l'on découvre qu'un séisme a eu lieu. Les annonces se déroulent généralement en deux phases : tout d'abord, on entend le petit carillon qui annonce la communication, avant que deux lignes de kanji ne viennent s'incruster en haut de l'écran. Là, on vous informe qu'un tremblement de terre vient de se produire à 21h13, qu'il a été ressenti dans la région de Miyake-jima, et qu'il s'agit d'une secousse de niveau 3 (selon l'échelle de l'Agence Météorologique Japonaise). Merci de votre attention. (il est alors 21h16)

Une dizaine de minutes plus tard, re-petit carillon, et re-incrustation dans le haut de l'écran. Pas de doute, un tremblement de terre a bien eu lieu à 21h13, mais on précise cette fois-ci que l'épicentre se trouvait à 10.3 km de Miyake-jima et qu'il s'agissait d'une secousse de magnitude 4.5 ... Et pas de souci à se faire, tout va bien.

Grâce à l'activité débordante du Mont Oyama, les chiffres ci-dessus ont été relevés « en direct » – dans la nuit de Mardi à Mercredi, par exemple, l'île de Miyake connaissait pas moins de 450 secousses à l'heure, occasionnant ainsi de nombreuses annonces. Prudemment, les autorités ont procédé à l'évacuation des deux tiers de la population de l'île, en attendant que les choses se calment un peu. Depuis, l'alerte est passée, mais l'Agence Météorlogique reste vigilante.

Face à tout cela, les Japonais font preuve de philosophie – il est d'ailleurs assez surprenant de découvrir le détachement avec lequel ils évoquent l'éventualité du « Big One », et vous conseillent au passage de mettre de côté une bouteille d'eau et une lampe de poche, au cas où. Le tout, sur le ton que l'on emploierait pour suggérer à un ami de fermer le gaz avant de partir en vacances.

Pour ceux qui s'inquièteraient de savoir si les constructions respectent les normes anti-sismiques ... disons que l'on découvre très vite si jamais ce n'est pas le cas, et que la sélection naturelle fonctionne à plein régime : si un bâtiment est encore debout, c'est généralement qu'il a été testé et éprouvé.

Ceci étant, une fois passée la surprise du premier séisme, on se rend bien compte qu'il n'y a pas grand'chose à faire d'autre que d'attendre que cela se passe. Il y a bien quelques consignes de sécurité (se mettre sous une table ou aller dans les toilettes) et des lieux de rassemblement en cas de catastrophe (en ce qui me concerne, le cimetière d'Aoyama juste à côté), mais dans la majorité des cas, on n'a pas le temps de réagir que c'est déjà fini.

Il est vrai que je n'arrive toujours pas à partager la fascination des japonais pour Godzilla, mais désormais je demeure stoïque lorsque la terre vient à trembler. Après tout, cela fait partie des impondérables du pays, au même titre que la saison des pluies ou les chaleurs étouffantes de l'été. Et, lorsqu'au détour d'un flash d'informations, l'on découvre que le 18e typhon de l'été s'apprête à traverser l'Archipel ... on reste zen.